Préambule   

Les élèves malades, quelle que soit la modalité de leur scolarisation, doivent pouvoir bénéficier d’une éducation artistique et culturelle de qualité au même titre que tous les élèves. Cette éducation est fondée sur les trois piliers que sont les rencontres avec les œuvres et les artistes, les pratiques artistiques individuelles ou collectives ainsi que les connaissances permettant l’acquisition de repères culturels. Prioriser cet aspect de l’enseignement obligatoire constitue en soi une modalité d’adaptation aux besoins particuliers de ces élèves (Voir la fiche Education Artistique et Culturelle). Il existe en effet des enjeux spécifiques pour les élèves atteints de maladies chroniques invalidantes, notamment sur le plan de la continuité des apprentissages. 

Dans cette perspective, la question de la possibilité, voire de l’utilité des « sorties culturelles » se pose souvent avec des enfants et des jeunes gens dont la mobilité est souvent altérée ou définitivement réduite (motricité réduite, fatigabilité, soins, séjours fréquents à l'hôpital, scolarisation à domicile) et pour lesquels, de manière générale, la réunion des conditions de sécurité physique est primordiale. Aussi la fréquentation des musées ne va-t-elle pas de soi et les enseignants des élèves malades n’envisagent-ils pas spontanément ce type de pratique culturelle.

Cependant la visite d’un musée se situant à la croisée des trois piliers de l’éducation artistique et culturelle (EAC), surtout si elle s’inscrit explicitement dans un projet pédagogique, permet ainsi de gagner en efficacité sur le plan de l’ensemble des apprentissages et de leur continuité dans un temps scolaire forcément réduit par les contraintes médicales.

Permettre de vraies rencontres avec des œuvres et des pratiques en lien avec leur découverte nécessite néanmoins de réunir un ensemble de conditions d’accessibilité au sens plein du terme. Outre la vigilance à avoir concernant l’accessibilité matérielle au lieu culturel et à la découverte des œuvres, il s’agit aussi de veiller à l’accessibilité pédagogique, à la fois cognitive et psycho affective, de lever des craintes, des blocages culturels ou générationnels et ainsi de convoquer et construire la motivation. A cet égard, le choix du musée à découvrir est un élément essentiel. 

Comme illustration de la démarche d’adaptation possible avec des élèves malades, nous prendrons ici l’exemple du musée du quai Branly - Jacques Chirac, musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. Ce musée parisien, résolument engagé depuis sa création en 2006 dans une démarche d’accessibilité, présente une grande diversité d’œuvres et de domaines artistiques. Il se prête donc à une multiplicité de projets pédagogiques, en lien avec différents domaines du Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture (SCCC). De plus, par son architecture, sa scénographie et la nature de ses œuvres, il peut entrer en résonance avec les centres d’intérêt et les besoins des élèves malades. A travers cet exemple, nous verrons quels enjeux spécifiques avec ces élèves revêt la visite d’un musée et quels critères de choix peuvent s’avérer pertinents. De manière plus générale, nous listerons certains points de vigilance pour optimiser les bénéfices de ce type de visite.

 

Organiser une visite au musée avec des élèves malades : les enjeux

 Aspects psychiques, sociaux, motivationnels

Permettre à des élèves atteints de maladies chroniques de « sortir au musée », quels que soient leur mode de scolarisation et la nature de leurs troubles, peut sembler éminemment souhaitable. Outre l’enjeu de participation sociale et son bénéfice pédagogique, la visite d’un musée, pour des élèves fréquemment isolés, enfermés à l’hôpital ou à la maison, apparaît comme une occasion de « sortir des murs », représente une ouverture, une échappée, au même titre que les sorties en général, culturelles ou sportives. A ce titre, ce type de sortie peut susciter la motivation et répondre à un besoin d’évasion bien naturel.

La visite d’un musée, par ailleurs, fait partie des modalités d’une « participation sociale » fréquente dans la société occidentale et dans le cadre scolaire. La possibilité pour un élève malade de prendre part à cette pratique culturelle fait de l’élève malade un élève et un citoyen à part entière, susceptible de profiter des ressources culturelles du territoire auquel il appartient, habituellement ou bien celui qui est le sien le temps de ses traitements.

 

Enjeux d’apprentissage

Du point de vue du référentiel de l'Éducation Artistique et Culturelle, une sortie au musée permet en général de travailler autour des trois piliers de l’EAC. En effet, outre la découverte des œuvres, les musées souvent proposent des ateliers de sensibilisation durant lesquels les élèves peuvent s’initier à des pratiques culturelles ponctuelles. La sortie s’inscrit souvent dans un projet pédagogique plus large, en amont et/ou aval de la visite, permettant d’enrichir encore les pratiques, la fréquentation des œuvres ou des artistes (en classe, via des vidéos par exemple) et les connaissances des repères culturels.

Le référentiel met en évidence les liens étroits entre les compétences et connaissances développées en éducation artistique et culturelle et celles du socle commun. Par exemple une visite au musée du quai Branly – Jacques Chirac et les activités proposées dans les parcours de visite correspondent - comme c’est le cas de nombreux musées - à plusieurs domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Pour le Domaine 1, « Mobiliser les langages pour penser et communiquer », lors d’une visite :

 - « L’élève s’exprime à l’oral et à l’écrit pour raconter, décrire, expliquer ou argumenter. » 

- « L’élève apprend à s’exprimer et communiquer par les arts en réalisant des productions visuelles ou verbales ». 

 Pour le Domaine 3, « Favoriser la formation de la personne et du citoyen » :

- « L’élève est confronté à l’altérité et, par l’éducation au regard, met à distance les stéréotypes et clichés ». 

- « L’élève se repère dans un musée ». 

- « L’élève exprime ses émotions et son ressenti. » 

Pour le Domaine 5, « Appréhender les représentations du monde et de l’activité humaine » :

- « L’élève développe une conscience de l’espace géographique et du temps historique. »

- « L’élève s’initie à la diversité des expériences humaines et des formes qu’elles prennent »

Il s’ensuit que nombre de musées se prêtent parfaitement à la mise en œuvre de projets pédagogiques interdisciplinaires.

 

Organiser une visite au musée : quelques principes

 

Cependant, comme pour toute autre sortie, organiser une visite au musée avec des élèves malades présente des difficultés matérielles, sanitaires et parfois des risques qui rendent son organisation complexe. Les bénéfices escomptés ne pourront être effectifs que si sont prises en compte les nombreuses contraintes matérielles et pédagogiques, elles aussi spécifiques, aussi bien dans la rencontre avec des œuvres muséales, que dans la pratique ou l’acquisition de connaissances. 

S’informer, anticiper par rapport à l’état de santé actuel et à venir de chaque élève susceptible de participer est une étape primordiale.

Organiser une visite au musée requiert de l’organisation, de l’anticipation et de la prudence, quand se trouvent dans le groupe un ou des élèves malades. Il s’agit de tenir compte par exemple des recommandations contenues dans le PAI ou le PPS, d’obtenir les autorisations médicales et parentales nécessaires et de mettre en place les accompagnements (infirmièr-e, aide-soignant-e, AESH, éducateur-trice) utiles pour l’ensemble de la sortie ainsi que les moyens de transport possibles.

Il est important de prévoir des modalités de sortie accessibles au plus grand nombre d’élèves malades pour une sortie effective (et pas seulement virtuelle).

Préparer la visite : vérifier l’accessibilité au bâti et aux œuvres présentées

La question de l’accessibilité matérielle et pédagogique est à cet égard centrale. Il faut être convaincu de l’importance de cette acculturation particulière que constitue la fréquentation directe de lieux culturels (« en live ») pour choisir des musées et des projets adaptés en lien avec la visite.

Dans l’ensemble du territoire français, il est désormais aisé de repérer des musées alliant le souci d’accessibilité matérielle (accessibilité au bâti, aménagements divers tels que toilettes, espace de repos, mise à disposition de fauteuils roulants) à celui de l’accessibilité pédagogique, tant sur le plan de la prise d’informations que de l’accessibilité pédagogique au sens large, c’est-à-dire cognitive et psycho-affective (outils et parcours adaptés, guides spécialisés). Des brochures spécifiques permettent de se rendre compte rapidement de ce qui est offert en termes d’aménagements. La brochure sous format papier ou numérique « Musée accessible » du musée du quai Branly est très complète à cet égard. On se rend compte d’ailleurs que les aménagements prévus pour certains types de handicaps peuvent être facilitateurs en termes pédagogiques pour des élèves malades dont l’intrication fréquente des troubles génère des limitations d’activités diverses. Par exemple le petit « Guide pratique » du musée en « Facile à lire et à comprendre », conçu pour des personnes en situation de handicap mental peut s’avérer très utile, tant il est clair et agréable à lire pour des jeunes parfois très fatigables.

Par ailleurs une rubrique « Accessibilité » ou « Visiteurs en situation de handicap » est repérable sur la plupart des sites (sites d’ailleurs eux-mêmes fréquemment accessibles sur le plan numérique, comme l’est celui du musée du quai Branly). Il est nécessaire de procéder à un repérage préalable approfondi et si possible de préparer la visite avec le ou la chargé-e d’accessibilité.

Associer les partenaires et les élèves à la préparation de la visite en termes d’accessibilité matérielle 

La question de l’accessibilité ne doit pas être de la seule responsabilité des enseignants. Faire préparer la visite par rapport à l’accessibilité par les personnels médicaux, éducatifs et surtout par l’ensemble des élèves (malades ou non) est une excellente opportunité de faire de cette sortie pédagogique culturelle une expérience inclusive. Convoquer toutes les expertises et associer l’ensemble des participants permet également d’éviter des prises de risque et d’anticiper d’éventuels soucis.

Lever les préjugés auprès des élèves par rapport aux représentations traditionnelles du musée 

Pour faciliter l’engagement des élèves malades dans ce type de sorties, il est nécessaire que les enseignants ou éducateurs fassent évoluer les représentations multiples que les élèves (et parfois aussi l’ensemble des professionnels) se font souvent d’une visite au musée. Elles doivent d’abord être repérées et déconstruites pour que les élèves se sentent concernés par les œuvres de musée. En effet, elles sont souvent considérées comme des œuvres « mortes », vestiges d’un autre temps, enfermées dans un lieu morne et silencieux. Des élèves confrontés souvent à un quotidien sombre ou à la crainte de la mort peuvent ressentir de l’ambivalence par rapport à la symbolique attachée au musée. De plus, les représentations sociales occidentales d’une visite au musée sacralisent cette pratique culturelle et la survalorisent par rapport à d’autres formes de rencontre avec les œuvres d’art. Beaucoup d’élèves, peu acculturés familialement ou sociologiquement, ne se sentent pas légitimes à y entrer ; ou bien ils peuvent se sentir très étrangers aux critères esthétiques qui caractérisent les œuvres muséales.

Ainsi, proposer à des élèves atteints de maladies invalidantes de visiter un musée suppose de s’enquérir de leurs représentations et de les faire évoluer par une découverte préalable de la variété des offres en ce domaine (travail sur les sites des musées, les commentaires et avis des visiteurs.) Il est particulièrement important avec des élèves parfois déracinés culturellement et avides d’ancrage dans la vie et le monde « normal » des jeunes de leur âge, de désacraliser ce type de lieu et d’en faire découvrir les aspects dynamiques et vivants et pas seulement « conservatoires ».

En ce sens le choix même du musée à visiter est déterminant pour rendre accessible pédagogiquement cette pratique culturelle.

 

Un musée adapté aux besoins des élèves malades : un exemple, le Musée du quai Branly

 

 Quand il est question de choisir un musée dans un groupe où se trouvent des élèves atteints de maladies chroniques, il s’agit avant tout de répondre aux besoins éducatifs en termes d'accessibilité matérielle et pédagogique. L’accessibilité pédagogique ne se réduit pas  à des outils,  des démarches techniques mais  concerne  également  la création d’une résonance avec des problématiques en lien avec ce qui  préoccupe et anime des élèves atteints dans leur santé.

L’accessibilité matérielle

L’accès au bâti

Le musée du quai Branly s’inscrit dans une démarche « d’accessibilité universelle » en proposant des offres inclusives et des offres dédiées à chaque handicap. Il a d’ailleurs obtenu  en 2012 la marque Tourisme & Handicap pour les handicaps moteur, mental, auditif et visuel.

L’accessibilité au bâti est un élément à prendre en compte avec des élèves que leur maladie rend fatigables ou incapables de se déplacer sans aide. Il arrive en effet que des musées prévoyant fauteuils roulants et ascenseurs s’avèrent inaccessibles tout simplement du fait de leur emplacement même. L’architecture du musée Branly a été conçue pour le rendre totalement accessible aux personnes à mobilité réduite. 

L’accès aux œuvres 

Par ailleurs des outils divers pour le confort de la visite sont à disposition :  les fauteuils roulants pour des élèves fatigables ou comme des cannes siège sont des aides précieuses.

L’accessibilité aux œuvres en elles-mêmes (plastiques, musicales, audiovisuelles) est permise en l’occurrence par une signalétique adaptée, des maquettes en 3D, des plans tactiles, des fiches de visite en  « Facile à lire et à comprendre » (FALC), des vidéos introductives et  une exposition des œuvres bien pensée, accessible à hauteur d’enfant ou de personne assise.

Des conditions de visite adaptées aux besoins des élèves malades 

La question de l’atmosphère générale et particulièrement de l’éclairage et de la température n’est pas une question anodine pour des élèves fragiles ou dont la thermorégulation est altérée par les troubles ou les traitements. 

Au musée du quai Branly, on peut être frappé par le faible éclairage. Il contribue à conserver aux œuvres une part de mystère qui met en valeur leur pureté formelle. Loin d’être un obstacle à la découverte des œuvres, cette pénombre crée une atmosphère de calme un peu magique qui favorise la concentration, la rêverie. Les objets exposés sont souvent assez fragiles (plumes, peau…) et leur conservation nécessite de les protéger des rayons directs, d’où l’utilisation de brise-soleil des fenêtres. Parallèlement un contrôle de la température (fixée autour de 20°C) est nécessaire, ce qui permet l’exploration dans un environnement frais et serein.

 

L’accessibilité pédagogique

 

Un ensemble d’outils et de dispositifs pour préparer et accompagner la visite sont mis à disposition des organisateurs, des visiteurs et notamment des jeunes visiteurs. Certains sont très pertinents avec des élèves malades. Pour les enseignants « Le dossier d’aide à la visite » est particulièrement riche et donne des idées de projets et d’activités facilement adaptables. Modulables, ces activités permettent de choisir le format (durée et cadre ) de la visite en fonction de la disponibilité des élèves et de leurs centres d’intérêt.

Parmi les exemples d’offres adaptées aux élèves malades, on peut évoquer par exemple la mise à disposition gratuite de tablettes Ipad avec l'application « Les Experts - quai Branly ». L'application « Les Experts - quai Branly », conçue au départ pour les publics sourds pratiquant la LSF, s’avère utile et motivante pour tous les petits élèves. Un explorateur invite les enfants à le suivre sur les quatre continents grâce à des jeux, des énigmes, des commentaires. En langue des signes française et sonorisée, elle permet aux enfants, quel que soit leur mode de communication, de participer virtuellement à une aventure à travers les collections.

Pour les plus petits, un ensemble de propositions, offert aux familles, peut s’adapter aussi aux élèves : des visites guidées, des visites contées et des ateliers (pour les 3-5 ans et les 6-12 ans). Des propositions plus « inclusives » comme « Le petit guide d’exploration » conçu pour les enfants sont autant de modalités de l’accessibilité cognitive. Concernant le repérage et l’appréhension globale du lieu, la maquette du musée en trois dimensions élaborée pour des visiteurs malvoyants est utile à tous.  

De la visite virtuelle à l’apprentissage multisensoriel 

 Les visites virtuelles entrent évidemment dans cette catégorie. Elles offrent l’opportunité de préparer la visite en classe, à domicile ou en chambre et de créer une familiarité ou une appétence pour la découverte effective du Musée. Après la visite, elles constituent également un bon outil pour se remémorer les œuvres et réactiver le souvenir des expériences esthétiques et sociales vécues.

Pour les élèves qui ne peuvent pas participer effectivement du fait de leur état de santé, elles permettent de partager voire de participer à l’élaboration de la visite et à son exploitation pédagogique. A ce titre, il peut être utile de visiter virtuellement le Musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques.

Néanmoins, la visite virtuelle ne saurait se substituer à la sortie elle-même, qu’il faut privilégier autant que possible.  En première intention, la visite virtuelle doit être envisagée en complément des modalités de découverte lors de la « vraie » visite. Il est important en effet de ne pas céder à la tentation (même encouragée par des effets de mode) d’enfermer les élèves malades, souvent coupés du quotidien des relations sociales directes (séjours en chambre stérile pour les élèves en aplasie par exemple), dans un rapport au monde virtuel qui risque d’accentuer les décalages dans les compétences sociales, notamment entre pairs.  S’il paraît plus sûr et moins compliqué sur le plan sanitaire de faire pratiquer une visite virtuelle, les bénéfices pédagogiques sont bien moindres... car on apprend par tous les sens, avec ses émotions et ses affects. Par exemple pour ce qui concerne les capacités mnésiques requises pour l’apprentissage, il est à noter que chez les élèves malades, elles sont souvent altérées du fait de la douleur, de l’anxiété ou des traitements et parfois du fait d'atteintes cérébrales. Solliciter la mémoire via tous les canaux sensoriels donc est une démarche à privilégier.  

A cet égard, l'un des éléments de l’accessibilité pédagogique au musée du quai Branly procède aussi et même avant tout de l’ensemble d’une scénographie faisant appel à presque tous les sens et aux émotions. 

Sa visite, indépendamment des objectifs pédagogiques explicites, fait vivre une véritable expérience sensorielle et symbolique. Par exemple, en passant du jardin lumineux à une pénombre fraîche semblable à celle d’une forêt, le visiteur est invité à un voyage visuel et auditif (musiques et vidéos sont disponibles dans des petits espaces parallèles aux œuvres plastiques) aussi mystérieux et fascinant qu’exotique.

Gagner en temps et en énergie : musée polyvalent et interdisciplinarité  

Plus un musée est polyvalent, plus il offre la possibilité de projets interdisciplinaires (pour traiter différents aspects disciplinaires des programmes). Or, avec des élèves malades susceptibles d’être fréquemment absents de l’école, et dont la disponibilité pour les apprentissages est fluctuante et imprévisible, conduire un projet réclame une réflexion particulière sur la temporalité des actions pédagogiques. En termes d’apprentissages, il faut pouvoir optimiser les moments où l’élève n’est pas souffrant ou trop épuisé par les soins ou les rééducations, ou encore trop angoissé par une échéance médicale. Aussi toute démarche pédagogique permettant de motiver l’élève et de développer des compétences transversales est-elle à privilégier.  Par ailleurs la pluridisciplinarité d’un musée offre des modalités cognitives diverses susceptibles de correspondre à différents profils d’élève.

Le musée du quai Branly est en soi un lieu interdisciplinaire. Il s’agit bien d’un espace d’exposition mais au-delà du patrimoine matériel, la mise en valeur du patrimoine immatériel (chants, danse, théâtre, contes, musique, collections audiovisuelles), des différentes cultures dans leur globalité et leur complexité fait de ce musée un espace artistique polyvalent. 

Au musée du quai Branly, et c’est assez exceptionnel, de nombreux domaines artistiques sont ainsi représentés : c’est le cas des « arts de l'espace » du fait de l’architecture du lieu, des arts des jardins et du paysage aménagé (de Jean Nouvel). Et bien sûr des « arts du visuel » avec les arts plastiques que sont architecture, peinture, sculpture, dessin et arts graphique. Très représentés également sont les « arts du quotidien » avec les métiers d'art et les arts populaires. D’autres domaines auxquels on pense moins sont présents : les « arts du son » dans la collection, dans les ateliers ou spectacles programmés, avec la musique vocale et la musique instrumentale.  C’est également le cas des « arts du spectacle vivant » : théâtre, musique, danse, marionnettes. Enfin, les arts les « arts du langage » sont eux aussi représentés par la littérature écrite et orale, les inscriptions épigraphiques, la calligraphie et typographie.

Dans le cas d’élèves malades hospitalisés, dont le cursus scolaire est parfois très chaotique, un projet artistique et culturel à partir de la visite de ce type de musée polyvalent permet l’exploration de domaines artistiques nouveaux, afin d’enrichir le parcours d’éducation artistique et culturel (PEAC).

De plus, les nombreuses thématiques abordées sur le plateau des collections font écho aux programmes officiels de différentes disciplines scolaires (Lettres, Histoire, Géographie, Arts plastiques, Langues vivantes, Enseignement moral et civique, Histoire des arts, Philosophie), mais aussi aux Enseignements pratiques interdisciplinaires ainsi qu’à l'Éducation artistique et culturelle et au Parcours citoyen. Cette interdisciplinarité offre des occasions de faire travailler des disciplines pour lesquelles les élèves malades peuvent avoir des lacunes ou des réticences.

Visites modulables et autonomie

 Les parcours personnalisés et les visites autonomes, la découverte des collections en fonction des niveaux scolaires permettent la souplesse qui s’impose dans des groupes hétérogènes, notamment pour des élèves malades scolarisés en pointillés.

 Au musée du quai Branly, les outils pour la visite autonome sont déclinés par niveau scolaire, suivant le parcours élémentaire (cycle 3 en particulier), le parcours collège (cycle 4), ou le parcours lycée. Chaque parcours propose une sélection de douze œuvres et objets du Plateau des collections selon trois entrées. Par exemple, une approche « découverte » est commune aux trois niveaux et  une sélection thématique varie selon les trois parcours (les animaux pour l’école élémentaire, les masques pour le collège, les esprits pour le lycée). Les quatre aires géographiques du Plateau des collections sont couvertes : Océanie, Asie, Afrique et Amériques, avec un choix de trois œuvres par continent, si bien qu’il est également possible d’exploiter chaque parcours par zone géographique.

Le parcours peut être réalisé en autonomie, individuellement par chaque élève ou par petits groupes d’élèves. Pour chaque entrée et chaque aire géographique, il est également pertinent de laisser les élèves explorer les collections individuellement ou par petits groupes. Ils peuvent ainsi repérer une œuvre qui les interpelle, les étonne. Chaque parcours est modulable selon l’intérêt du groupe, les objectifs pédagogiques principaux et le temps disponible pour la visite.

Dans cette perspective on peut également mentionner l’existence de « visites flash » dans les collections, gratuites et sans inscription. Cette modalité offre une souplesse supplémentaire utile pour organiser pour les élèves absents le jour de la visite collective une visite de rattrapage, plus courte, plus ciblée et moins fatigante. 

Le parti pris d’offrir des modalités de visite autonome est particulièrement adapté à des élèves que la maladie a tendance à rendre passifs, parce qu’ils ont un vécu essentiellement de « patients ».

Donner du sens, faire écho à la situation des élèves

Offrir le plus grand des voyages

 Le choix d’un musée comme celui du Musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques permet de répondre au besoin d’évasion d’élèves malades souvent confinés à la maison ou dans des lieux de soins. Sa visite invite au voyage et constitue en elle-même un voyage : un voyage dans le temps et surtout dans l'espace car quatre continents sont représentés et leurs cultures, souvent méconnues, y sont célébrées.

 Dès l’arrivée dans les jardins et à l’intérieur du musée le visiteur est comme transporté dans une autre dimension. Par exemple, comme l’indique la brochure de présentation « la rampe, caractéristique de l’architecture du bâtiment, serpente autour de la tour en verre jusqu’au Plateau des collections. Cette montée de 191 mètres, longue et sinueuse, évoque la remontée du cours d’un fleuve et s’assimile à un voyage initiatique ». Après avoir traversé le jardin et le hall, « la luminosité diminue. Le visiteur est invité à s’immerger dans une rivière de mots silencieux, projetés au sol et sur les flancs à des rythmes différents et de manière aléatoire. Au total, 16 597 mots se mélangent, issus de tous les peuples et lieux géographiques présents dans les collections. »

La question des origines :  les ruptures familiales et culturelles

 Le choix de mettre à l’honneur les cultures non occidentales est un facteur de dépaysement et d’exotisme pour beaucoup mais il faut insister sur le fait que parmi les élèves malades scolarisés, beaucoup sont en France métropolitaine pour des raisons de santé. La plupart de ces enfants ou adolescents vivent un exil forcé et certains sont déracinés aussi bien sur le plan affectif que culturel.

Or, le Musée du quai Branly rend compte non seulement de cultures disparues mais aussi encore bien vivantes et cet aspect n’est pas négligeable. La rencontre des œuvres, en effet, peut faire écho aux souvenirs et au milieu culturel d’origine de certains élèves. A ce titre la visite peut être féconde tant sur le plan pédagogique que sur le plan de la santé physique et psychique. Elle peut donner aux jeunes malades exilés des occasions de retisser le fil de leur histoire et de la partager avec leurs camarades. La valorisation par l’art de leur culture d’origine ayant un effet miroir, les élèves peuvent également gagner en confiance en eux.

La dimension anthropologique, la norme culturelle et artistique interrogée 

De manière plus générale, le musée du quai Branly qui se définit comme « là où dialoguent les cultures » permet d’interroger la norme, l'art et le beau, dans une perspective anthropologique. En faisant découvrir et en valorisant des cultures oubliées, dénigrées parfois, les collections donnent à voir l’humanité dans sa véritable norme, c’est-à-dire sa diversité, le continuum de ses multiples différences. Pour les élèves malades, atteints dans leur identité, au corps parfois visiblement étrange ou abîmé, le désir de normalité est prégnant. Une visite culturelle de ce type peut occasionner des interrogations et des prises de conscience. L’acceptation de soi pour les élèves malades et la reconnaissance de l’autre comme proche de soi pour les autres élèves d’un groupe peuvent être ainsi facilitées et éventuellement « parlées », dans un cadre sécurisant structuré et régulé par l'enseignant. 

Les cultures non occidentales face à la maladie et à la mort

 On peut être frappé, lors de la visite, du nombre d’œuvres consacrées à la magie, la maladie ou la mort.  La place de ces thématiques, importantes dans la création artistique en général, est ici centrale. Les représentations liées aux des rituels de médecins/ sorciers, la place accordée aux objets permettant de conjurer le sort, la mort (objets magiques, masques) sont très nombreuses et vivaces sur les quatre continents.  Les mythologies ou récits de création, où la violence, la cruauté, la monstruosité (créatures hybrides) sont très présentes sont ici bien encore « vivants » ; ils sont susceptibles d’entrer en résonance avec les conditions de vie des élèves malades et leurs interrogations existentielles, comme leur désir de trouver du sens « à tout cela ».
 

Pour conclure

La visite au musée pour des élèves malades constitue toujours une opportunité de mieux apprendre en peu de temps, de façon motivante et ludique. Les difficultés matérielles pour assurer la sécurité physique des élèves, les réticences diverses méritent d’être surmontées.  Comme les sorties avec des élèves atteints de maladies chroniques nécessitent une anticipation accrue, une préparation minutieuse et un encadrement important, il s’agit de choisir des lieux pertinents tant sur le plan de l’accessibilité physique que de l’accessibilité pédagogique. Le musée du quai Branly-Jacques Chirac est à cet égard un bon exemple d’adaptation aux besoins des élèves malades.  Il est porteur de valeurs essentielles, particulièrement quand on est enfermé dans la maladie, différent physiquement, culturellement, moralement des camarades de son âge : l’ouverture d’esprit, le dialogue entre les cultures, la découverte de l’Autre, le respect des différences sont autant de principes qui animent le processus de l’école inclusive. La nature des collections, la conception architecturale, la scénographie, tout par ailleurs contribue à permettre un voyage artistique riche en réflexions sur le sens de la vie.

02/11/2020

 

Parcours d’éducation artistique et culturelle et référentiel arrêté du 1er juillet 2015 relatif au parcours d'éducation artistique et culturelle

Accessibilité au musée : Musée du Quai Branly

Brochure musée accessible : Musée du Quai Branly

Ressources pédagogiques : Musée du Quai Branly

Visites virtuelles du musée du quai Branly

Mon p’tit guide d’exploration : Musée du Quai Branly

Plan d'Accompagnement Personnalisé (PAP) : Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015 (BOEN n°5 du 29-01-2015)

Annuaire MDPH

Circulaire n° 2015-129 du 21-8-2015 : Unités localisées pour l'inclusion scolaire (Ulis), dispositifs pour la scolarisation des élèves en situation de handicap dans le premier et le second degrés.

Création et organisation d'unités d'enseignement dans les établissements et services médico-sociaux ou de santé : arrêté du 2-4-2009 - J.O. du 8-4-2009

Circulaire n° 2017-084 du 3-5-2017 : Missions et activités des personnels chargés de l'accompagnement des élèves en situation de handicap.

ORNA L'Observatoire national des ressources numériques adaptées recense des ressources numériques utilisables par des professeurs non spécialisés confrontés à la scolarisation d'élèves en situation de handicap (logiciels, applications tablettes, matériels, sites internet, cédéroms, DVD-Rom, bibliothèques numériques).

Vivre avec une maladie rare : aides et prestations pour les personnes atteintes de maladies rares et leurs proches (aidants familiaux/proches aidants) : Ce Cahier Orphanet est un document qui a pour objectif d’informer les malades atteints de maladies rares ainsi que leurs proches de leurs droits et de les guider dans le système de soins.

Guide pour scolariser les élèves en situation de handicap. Guide élaboré par le Ministère de l'Éducation nationale

D'autres informations peuvent être obtenues par le n° Azur de la ligne « Aide Handicap Ecole » au 08 10 55 55 00.

Loi du 11 février 2005 sur l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées

(voir en particulier l'Article 19)

 

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