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Allergie alimentaire

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Qu'est-ce que l'allergie alimentaire?

On entend par allergie alimentaire les symptômes anormaux déclenchés par l'ingestion d'un aliment. Les manifestations peuvent quelquefois également apparaître chez un enfant allergique après un contact cutané ou après l'inhalation de l'aliment.
L'allergie alimentaire peut être grave, et quelquefois mortelle. Le principal facteur de risque de cette forme gravissime d'allergie est l'existence d'un asthme associé ; l'arachide en est la cause une fois sur deux.
Les répercussions des allergies alimentaires sont multiples : altération de la qualité de vie, troubles psychologiques, impact familial, scolaire, voire financier.

 

Pourquoi ?

Les allergènes alimentaires, c'est-à-dire les substances susceptibles de déclencher une allergie alimentaire, sont des protéines d'origine animale ou végétale. L'organisme humain, dans les conditions normales, apprend à tolérer progressivement les protéines alimentaires étrangères, mais les personnes allergiques, elles, développement une réaction immunitaire anormale contre ces protéines, par un mécanisme immuno-allergique. Cette réaction met en jeu le plus souvent des anticorps (immunoglobulines IgE) spécifiques de la protéine en cause, et fait intervenir un médiateur chimique appelé l'histamine.

La fréquence relative des aliments incriminés reflète les habitudes alimentaires et culturelles de chaque pays. Néanmoins, qu'elle que soit la situation géographique, l'œuf, l'arachide et le lait de vache sont les principaux aliments impliqués dans les allergies alimentaires de l'enfant. Sont également fréquemment impliqués le poisson, la crevette, le kiwi et les fruits à coque (amandes, noix, noisettes...). La répartition des aliments responsables d'allergie alimentaire évolue de la naissance à l'adolescence : l'allergie alimentaire aux allergènes végétaux progresse avec l'âge ; il en va inversement des allergies alimentaires aux allergènes d'animaux. L'enfant est le plus souvent allergique à un ou deux aliments (60 % des enfants sont allergiques à un seul aliment), alors que les allergies alimentaires multiples sont rares.

 

Quels symptômes et quelles conséquences ?

Les symptômes peuvent être très variables et atteignent souvent plusieurs organes. Leur degré de gravité ne dépend pas forcément de la quantité d'allergène ingéré ; chez certains enfants très allergiques, ils peuvent ainsi apparaitre pour une toute petite dose d'aliment « interdit ». Leur survenue chez un enfant allergique doit alerter immédiatement l'adulte et le conduire a réagir en prenant en compte de qui est écrit dans le Projet d'Accueil Individualisé (PAI).

Voici quelques-uns des symptômes qui peuvent être observés :
- rhinite : éternuements répétés, nez qui coule
- conjonctivite : yeux rouges, gonflés et/ou qui démangent
- crise d'asthme : respiration difficile et/ou sifflante et/ou impression d'étouffer et/ou difficulté à parler et/ou toux
- urticaire aigu : boutons comme des piqûres d'ortie, plaques rouges, démangeaisons
- œdème : gonflement des lèvres, du visage ou d'une partie du corps
- douleurs abdominales, diarrhée, vomissements.

Le choc anaphylactique se traduit par une sensation de malaise intense, accompagnée de démangeaisons et/ou d'une gêne respiratoire et/ou de douleurs abdominales et/ou de nausées et de vomissements ; il constitue une situation d'urgence extrême et doit conduire rapidement à une injection d'adrénaline (cf paragraphe traitement).


Il n'existe pas une démarche diagnostique unique pour affirmer une allergie alimentaire et identifier le ou les allergène(s) concerné(s) (voir le document ressource « La démarche diagnostique pour confirmer l'allergie alimentaire - document d'appui à l'usage des services de promotion de la santé en milieu scolaire») :

- L'histoire clinique, rapportée par le jeune et sa famille, est l'élément fondamental qui oriente l'enquête allergologique ; les manifestations anormales en rapport avec une allergie alimentaire surviennent le plus souvent moins de deux heures après l'ingestion de l'aliment et au maximum 4 heures après, en dehors du cas particulier de certaines lésions cutanées comme la dermatite atopique.

- Les tests cutanés -qui consistent à mettre au contact de la peau un ou plusieurs allergènes et à rechercher une éventuelle réaction locale- et le dosage du taux sanguin d'IgE spécifiques de(s) allergène(s) suspecté(s), peuvent orienter le diagnostic.

- L'éviction alimentaire spécifique (éviction de l'allergène suspecté de l'alimentation) est guidée par l'histoire clinique, la positivité éventuelle des tests cutanés et/ou du dosage des IgE spécifiques. En cas d'urticaire ou de dermatite atopique (eczéma d'origine allergique), l'amélioration des symptômes après une éviction pendant 4 semaines de l'aliment suspecté permet d'évoquer le rôle de celui-ci dans le déclenchement des manifestations. De même, la réapparition des symptômes à la réintroduction de l'aliment est un argument en faveur de l'allergie.

- Le test de provocation par voix orale (TPO) peut être un temps essentiel du diagnostic. Il consiste à réintroduire à doses progressivement croissantes l'aliment suspecté et à surveiller les réactions de l'enfant. Il permet de mieux évaluer le risque encouru par la consommation accidentelle de l'aliment et guide ainsi les mesures thérapeutiques (nature des médicaments à prévoir dans la trousse d'urgence ...). Le TPO doit toujours être effectué en milieu hospitalier spécialisé, sous surveillance médicale étroite.

 

Quelques chiffres

La fréquence des allergies alimentaires a doublé en 5 ans et les urgences allergologiques ont été multipliées par 5 au cours des cinq dernières années.

L'allergie alimentaire est deux à trois fois plus fréquente chez l'enfant que chez l'adulte. On estime ainsi que 6 % à 7 % des enfants d'âge scolaire sont atteints d'allergies alimentaires. Dans la population générale, environ 20 % des individus pensent être allergiques à un ou plusieurs aliments, alors que l'allergie alimentaire n'est prouvée que dans 2 à 4 % des cas.

Dans les trois quarts des cas, l'allergie apparaît avant l'âge de 15 ans.

 

Traitement

Le traitement de l'allergie alimentaire comporte trois volets :

1. Le traitement d'urgence des manifestations allergiques
Le traitement des manifestations allergiques repose sur les médicaments anti-histaminiques, en cas de crise d'asthme sur l'administration d'un broncho-dilatateur, et si les manifestations sont sévères et/ou s'aggravent rapidement, sur l'injection intramusculaire d'adrénaline suivie d'une surveillance en milieu hospitalier. L'adrénaline peut être administrée par le biais d'un stylo auto-injectable.

2. Le traitement préventif et le traitement de fond
Il est basé sur l'éviction de l'aliment incriminé et de tous les produits finis pouvant en contenir. Le régime est adapté au cas par cas en fonction de l'âge de l'enfant, de la nature de l'aliment incriminé et de la dose de l'aliment déclenchant une réaction allergique (laquelle est évaluée lors du TPO). Pour les enfants allergiques sévères, le régime devra également s'appliquer à l'école, ce qui nécessitera la mise en place d'un projet d'accueil individualisé (PAI).
Il est important de préciser que l'étiquetage imprécis ou incomplet de certaines préparations industrielles peut rendre difficile l'application du régime d'éviction, de même que certaines techniques industrielles qui peuvent favoriser la présence de traces d'allergènes (utilisation de moules communs pour la fabrication de plusieurs types de produits ...).

3. Le traitement de la cause
Ces traitements restent encore limités à des services spécialisés ou sont du domaine de la recherche. Ils consistent à provoquer une induction de tolérance vis-à-vis de l'allergène ou à recourir à l'immunothérapie spécifique.

 

Conséquences sur la vie scolaire

En cas d'allergie alimentaire, le repas est un moment important, auquel il faut porter une attention particulière. Une erreur peut en effet avoir de graves conséquences chez certains enfants, même si les situations de réel danger sont exceptionnelles.

Afin que la cantine ne soit pas un moment d'inquiétude, des protocoles existent pour accueillir les enfants allergiques avec le maximum de sécurité possible. La circulaire interministérielle n° 2003-135 du 8 septembre 2003 pose les bases du PAI, qui consigne les dispositions spécifiques et nécessaires à chaque enfant. Le PAI est établi à la demande de la famille, avec le directeur de l'établissement d'accueil, en concertation avec le médecin scolaire. Il définit avec précision le régime alimentaire, les précautions à prendre, et éventuellement le protocole de soins et d'urgence. Il doit être mis en place dans un climat de dialogue et de confiance réciproque, en lien avec le médecin qui suit l'enfant.

Dans le cas de l'allergie alimentaire, deux types de PAI peuvent être mis en place :
- Un PAI simplifié, sans protocole d'urgence, s'il s'agit d'une allergie se manifestant par des symptômes ne mettant pas la vie en danger, ce qui est le plus souvent le cas. Seules les restrictions alimentaires y sont définies.
- Un PAI avec protocole d'urgence si l'enfant est considéré par son médecin traitant ou son allergologue comme « à risque » de développer des manifestations allergiques plus sévères. Les précautions à prendre, les signes d'alerte et le traitement à administrer en cas de réaction allergique y sont détaillées. Les médicaments susceptibles d'être nécessaires doivent être réunis dans une trousse d'urgence, qui doit rester accessible à tout moment, et en particulier dans les situations à risque comme la cantine (il ne faut pas hésiter à en avoir plusieurs, placées dans des endroits différents). Les parents et tous les adultes responsables de l'enfant doivent savoir où se trouve la trousse d'urgence et il est également important d'insister pour qu'elle suive l'enfant dans ses activités extérieures.

 

Quand faire attention ?

Toute prise de nourriture en milieu scolaire (repas à la cantine, collation, goûter d'anniversaire...) est un moment qui appelle à vigilance et nécessite l'application des mesures consignées dans le PAI.

La plupart des enfants ont un régime compatible avec les menus servis à la cantine scolaire, sous réserve de quelques aménagements (substitution des aliments interdits).

Si l'adaptation des menus de la cantine n'est pas possible, la famille peut être amenée à fournir un panier-repas, préparé par ses soins et emporté à l'école dans une boite étiquetée au nom de l'enfant, qui le consommera dans le cadre de la cantine scolaire. Ce système est certes lourd et contraignant pour les familles (les problèmes liés au respect de la chaine du froid doivent être résolus au cas par cas), mais il permet à l'élève d'être intégré dans le restaurant scolaire et de pouvoir continuer à être scolarisé si l'école est éloignée de son domicile.

L'autre possibilité est d'avoir recours à des plateaux hypoallergéniques, fournis par des sociétés spécialisées. Ces menus, sans gluten ni allergènes majeurs, équilibrés selon les recommandations GPEMDA, peuvent par exemple faciliter la prise des repas lors des sorties scolaires et des séjours en classes de découverte.

 

L'administration des traitements d'urgence : inhalation de broncho-dilatateur et injection d'adrénaline

Les gestes ne sont pas compliqués s'ils ont été montrés et expliqués. Il est donc important de prendre le temps de « former » les personnels à ces pratiques, si possible en présence des parents, afin de les dédramatiser.
Les broncho-dilatateurs peuvent être facilement administrés, même chez de jeunes enfants, à l'aide d'un dispositif appelé chambre d'inhalation.
L'adrénaline injectable, prescrite par le médecin qui suit l'enfant s'il le juge nécessaire, se présente sous la forme d'un stylo auto-injecteur, très simple à manipuler (voir document complémentaire en lien), qui doit être placé dans la trousse d'urgence. L'injection se fait sur la cuisse, au travers des vêtements. Tout personnel de l'école est habilité à faire l'injection. Le Conseil de l'Ordre des Médecins a en effet précisé que le fait de pratiquer une injection avec un stylo auto injectable dans le cadre d'un PAI ne constituait pas un acte médical et qu'il ne pouvait donc y avoir de poursuite pour exercice illégal de la médecine. Si le PAI a été signé, une personne qui refuse en revanche d'agir, alors qu'il y a urgence vitale, peut être poursuivie sur le plan civil pour non-respect d'un contrat et sur le plan pénal pour non- assistance à personne en danger.

 

L'avenir

L'évolution naturelle de l'allergie alimentaire dépend de l'aliment en cause. Ainsi l'allergie au lait de vache disparaît chez plus de 80% des enfants (la tolérance apparaît à un âge moyen 2 ans 3 mois). L'allergie à l'œuf disparaît dans environ 60 % des observations ; la tolérance apparaît à un âge moyen 3 ans, d'abord pour l'œuf cuit puis pour le moins cuit ou le cru. À l'inverse, les allergies à l'arachide, aux oléagineux, aux poissons et aux crustacés guérissent beaucoup moins fréquemment. Il ne faut néanmoins pas dire qu'elles ne guérissent jamais, puisqu'à titre d'exemple 22 % des allergies à l'arachide disparaissent avec le temps.

L'existence d'une (ou plusieurs) allergie(s) alimentaire(s) dans la petite enfance est un facteur de risque majeur de développement ultérieur d'autres manifestations allergiques.

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Liens 

Allergienet

Ce site internet, créé par les Docteurs E. Bidat et C. Laur avec la participation du Dr F. Rancé, est destiné aux allergiques et aux professionnels de santé. Il est riche en informations pratiques sur l'asthme et les allergies respiratoires, alimentaires et cutanées.

Allergies alimentaires : connaissances, clinique et prévention

Ce document a été réalisé à la demande de la Direction Générale de la Santé dans le cadre du programme national nutrition santé. Conçu pour les médecins, cet ouvrage un peu technique rappelle les connaissances actuelles sur les allergies alimentaires et les moyens de prévention.

Conseils pour favoriser et optimiser l'utilisation du stylo auto-injectable d'adrénaline

Ressources documentaires 

La démarche diagnostique pour confirmer l'allergie alimentaire

Un peu technique, ce document plutôt destiné aux médecins et infirmières scolaires expose la démarche utilisée pour poser le diagnostic d'allergie alimentaire.